BOUGIE MORGAUSE
Dans un coin sombre et oublié d’un vieux château en ruines, reposait une bougie mystérieuse appelée Morgause. Elle était façonnée d’une cire noire aussi lisse que l’obsidienne, et en son cœur, scintillaient des éclats de quartz blanc. La légende murmurait que cette bougie n’était pas qu’un simple objet ; elle était habitée par l’essence d’une puissante enchanteresse, Morgause, sœur des ombres et maîtresse des secrets.
Morgause n’était allumée qu’en de rares occasions, car sa flamme n’apportait pas seulement lumière et chaleur, mais révélait ce que personne n’osait affronter : les vérités enfouies, les désirs refoulés, et les trahisons à venir. La lueur dansante qu’elle émettait n’était pas dorée comme celle d’une bougie ordinaire, mais argentée, froide et hypnotique.
Un soir, un jeune érudit nommé Caëlin, avide de savoir et de pouvoir, trouva la bougie en explorant les ruines. Lorsqu’il toucha la cire noire, un frisson glacial traversa son corps. Malgré les avertissements inscrits sur la pierre où reposait Morgause — « Seuls les braves peuvent affronter la lumière de la vérité » — il l’alluma avec un souffle hésitant.
Dès que la flamme argentée s’éleva, une voix basse et envoûtante résonna dans la pièce :
— « Qui ose réveiller Morgause, celle qui connaît tout et cache tout ? »
Caëlin, tremblant mais déterminé, répondit :
— « Je cherche le pouvoir de connaître mon avenir. »
La lumière de Morgause s’intensifia, et les éclats de quartz blanc brillèrent comme des étoiles glacées. Autour de lui, l’ombre se mit à bouger, et des visions prirent forme. Il vit des batailles qu’il n’aurait jamais voulu mener, des visages familiers devenant ses ennemis, et son propre reflet, vieillissant dans la solitude. La vérité qu’il désirait tant l’écrasa sous son poids.
— « Sache ceci, mortel : le futur n’est pas une promesse, mais une ombre mouvante. Si tu veux le changer, brûle de courage, non d’ambition. »
Terrifié et honteux, Caëlin éteignit la bougie d’un geste précipité. Mais il la garda précieusement, car il comprit que Morgause n’était pas un objet de malédiction, mais un miroir pour ceux qui osaient la regarder en face.
Depuis ce jour, on raconte que Morgause veille toujours, attendant un porteur assez fort pour affronter ses révélations, et assez sage pour en faire bon usage.