BOUGIE MERLIN
Au sommet d’une montagne enveloppée de brume, dans une grotte dissimulée par la magie, une bougie singulière reposait sur un autel de pierre. Cette bougie, appelée Merlin, avait été façonnée par l’enchanteur légendaire lui-même. Sa cire était d’un bleu profond, marbrée de volutes argentées, et en son cœur brillait un fragment de fluorite, une pierre mystique réputée pour éclairer l’esprit et révéler la vérité cachée.
Des siècles après la disparition de Merlin, un jeune érudit nommé Calem, passionné par les récits des anciens, découvrit la bougie au terme d’une quête épuisante. Il l’emporta dans sa chaumière et l’alluma, curieux de voir si les légendes disaient vrai. Dès que la flamme prit vie, une lumière iridescente emplit la pièce, et une voix grave et sage s’éleva dans l’air :
— “Je suis Merlin, gardien de la connaissance et des secrets oubliés. Pourquoi m’as-tu réveillé, mortel ?”
Calem, les mains tremblantes, murmura :
— “Je cherche la vérité. Pourquoi le monde est-il en désordre malgré la sagesse des anciens ? Comment puis-je le comprendre et le changer ?”
La flamme vacilla un instant, puis un tourbillon de visions apparut dans la lumière projetée par la bougie : des batailles, des royaumes déchus, des rois trahis par leur ambition. La voix de Merlin résonna :
— “La fluorite est la clé de la clarté. Regarde à travers elle, et vois ce que les yeux ne perçoivent pas. Mais souviens-toi : connaître la vérité n’est que le premier pas. La sagesse est dans l’action.”
Guidé par les mots de Merlin, Calem utilisa le fragment de fluorite enchâssé dans la bougie. En le tenant devant ses yeux, il vit le monde d’une toute nouvelle manière : les mensonges dissimulés derrière les sourires, les failles dans les alliances, mais aussi les cœurs sincères et les âmes dignes de confiance.
Chaque soir, il allumait la bougie pour apprendre davantage, la flamme lui révélant les secrets des étoiles, des runes anciennes, et des âmes humaines. Mais plus il en apprenait, plus il comprenait que la vérité, bien que précieuse, pesait lourd.
Un jour, alors que la bougie approchait de sa fin, la voix de Merlin s’éleva une dernière fois :
— “Calem, tu es désormais le gardien de ce savoir. Ne le laisse pas te consumer. Utilise-le pour guider les autres, pas pour les contrôler. Là réside la vraie magie.”
Lorsque la bougie s’éteignit, la fluorite se détacha, brillante d’un éclat profond, comme si elle portait en elle l’esprit de Merlin. Calem devint un conseiller recherché à travers les royaumes, guidant rois et paysans avec sagesse et compassion.
On raconte que, certains soirs, lorsque le vent souffle doucement, une flamme iridescente danse au-dessus de la fluorite, et que la voix de Merlin murmure encore, partageant ses secrets avec celui qui sait écouter.